Publié le 24 mar 2025Lecture 4 min
Dermatite atopique : évaluation d’une nouvelle stratégie de prévention primaire
Catherine FABER, d’après la communication orale de Sébastien Barbarot, Nantes

L’essai académique PREGRALL est la première étude évaluant l’effet des prébiotiques exclusivement avant la naissance pour la prévention de la dermatite atopique chez les enfants à haut risque.
La dermatite atopique (DA) est bien connue pour sa fréquence et son impact sur la vie des enfants atteints et de leur famille. Cette dermatose inflammatoire chronique pour laquelle il n’existe pas de traitement curatif constitue également une porte d’entrée pour les autres maladies atopiques, notamment les allergies alimentaires. On comprend donc tout l’intérêt d’une prévention primaire de la DA. L’enjeu est de trouver un moyen simple et peu onéreux pour éviter son apparition avec à la clé un bénéfice médico-économique important.
Les auteurs de l’essai PREGRALL – financé par un PHRC interrégional – ont choisi de cibler une population restreinte et d’intervenir très précocement. L’exposome périnatal est en effet un facteur clé pour la santé future des enfants. Des mesures d’intervention sur l’environnement fœtal pourraient ainsi modifier les facteurs de risque des maladies chroniques au long cours. Les cibles potentielles des interventions sont les trois facteurs physiopathologiques initiaux de la DA : la dysbiose, les anomalies de la barrière cutanée et la dysrégulation immunitaire. Parmi les facteurs protecteurs de la DA, certains peuvent difficilement faire l’objet de mesures à visée préventive dans la population (vie avec des animaux pendant la grossesse, prématurité, moins d’antibiotiques chez les nouveau-nés) et d’autres sont inefficaces (lait de vache hydrolysé), peu efficaces (renforcer la barrière cutanée chez les enfants à risque) ou en cours d’évaluation (adoucisseurs d’eau). Il reste donc les probiotiques et les prébiotiques, dont l’un des plus connus est les oligosaccharides du lait maternel (human milk oligosaccharides [HMO]).
Les prébiotiques sont des sucres non digestibles qui stimulent la croissance du microbiote digestif. Ils ne sont pas seulement de la nourriture pour les bactéries digestives, mais ont aussi un effet direct sur les cellules immunitaires et épithéliales. Des données sur des modèles murins ont montré que l’apport en prébiotiques durant la gestation de l’animal induit une protection vis-à-vis des allergies alimentaires chez sa progéniture(1). Ce type de supplémentation avait déjà été évalué dans des études cliniques randomisées, mais uniquement en postnatal. Sans succès, comme l’atteste une métaanalyse de six études dans lesquelles l’administration de prébiotiques chez les nourrissons pendant au moins 8 semaines n’a pas eu d’effet préventif significatif contre les maladies allergiques(2).
Après une étude de faisabilité
L’étude PREGRALL a été lancée après que sa faisabilité ait été démontrée(3). Son objectif était de déterminer si la supplémentation anténatale en prébiotiques pendant la grossesse pouvait prévenir la DA chez les enfants à risque (antécédents maternels d’atopie). Il s’agit d’un essai randomisé en groupes parallèles, multicentrique, en double aveugle contre placebo ayant inclus 376 femmes enceintes. Les prébiotiques (galacto-oligosaccharides [GOS]-inuline) ou le placebo ont été administrés à partir de la 20e semaine d’aménorrhée jusqu’à l’accouchement. Le critère de jugement principal était la prévalence de la DA à 1 an et les critères secondaires, la prévalence de la DA à 6 mois, sa sévérité à 1 an, la qualité de vie rapportée par les parents, la tolérance des prébiotiques, la perméabilité de la barrière cutanée mesurée par la perte insensible en eau (transepidermal water loss [TEWL]), la sensibilisation aux allergènes majeurs et la prévalence des allergies alimentaires à 1 an. Le mode d’accouchement et la mise en place ou non d’un allaitement au sein ont fait l’objet d’analyses préspécifiées en sous-groupes. Parallèlement, une biocollection a été constituée à partir de prélèvements de sang maternel à différents moments de la grossesse, de sang de cordon et de sang des enfants à 1 an.
Les résultats
Les résultats de l’essai mettent en évidence l’absence de différence significative entre les bras placebo et supplémentation sur l’ensemble des paramètres évalués. En revanche, la supplémentation en prébiotiques a modifié la composition du microbiote maternel, avec notamment une augmentation des bifidobactéries, et cette modification a été transmise à l’enfant en début de vie.
Une très récente étude de méthodologie proche, mais avec une supplémentation maternelle en pré- et postnatal jusqu’à 6 mois pendant l’allaitement est parvenue à la même conclusion(4). Au vu des résultats de cette étude australienne et de l’essai PREGRALL, on peut affirmer qu’il existe désormais des preuves solides permettant d’exclure un effet cliniquement significatif des prébiotiques périnataux de type GOS inuline sur la prévention de la DA à 1 an. Les enfants seront suivis jusqu’à 5 ans pour pouvoir examiner le risque d’asthme. L’étude translationnelle en cours a pour but d’élucider les raisons pour lesquelles cette supplémentation n’a pas eu d’effet protecteur. Enfin, il serait intéressant d’évaluer l’efficacité préventive d’autres prébiotiques comme les HMO.
D’après la communication orale de Sébastien Barbarot, Nantes lors des JDP 2024
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